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Quelques fabricants d'orgue de barbarie.

 


Frati



La firme Frati de Berlin a été le leader du marché de l’orgue de barbarie à cylindre dans les années 1880 et 1890. Les orgues dessinés et mis au point par la firme allemande étaient vendus dans toute l’Europe mais aussi en Angleterre et aux Etats-Unis d’Amérique. Anselmo Frati avait mis au point un réseau d’agents qui pouvaient de remplacer par leur propre nom celui de Frati. Il n’est donc pas rare de trouver des instruments identiques des deux côtés de l’Atlantique dont seul le nom diffère.

En plus de ses orgues de barbarie très fiables et très soignés Frati était aussi un expert dans la notation des cylindres. Ces cylindres étaient à l’époque le seul système vraiment éprouvé pour noter de la musique pour instruments mécaniques. Même si l’on vit apparaître de plus en plus d’instruments fonctionnant à l’aide de cartons, qui s’avérèrent bien plus pratiques et moins chers, Frati ne remis jamais en cause le support musical de ses orgues et ce même pour les très gros instruments utilisant des cylindres hors norme. Ajouté à des problèmes financiers, ce manque de modernisme qui causera la fermeture de la firme au début de 20 Siècle.
 

Orgues Frati encore joué dans les rues de Mexico

 

Bacigalupo



De toutes les familles de facteurs d’orgues de barbarie, la famille Bacigalupo établie en Allemagne est sans aucun doute la plus célèbre. Giovanni Bacigalupo commença sa carrière en se rendant auprès de Frati afin d’y apprendre à noter les cylindres d’orgue. Il se met ensuite à fabriquer des orgues qu’il signe de son propre nom. Il continue, dans un premier temps, à faire noter ses cylindres par Frati, et s’associe même avec ce dernier. C’est vers 1890, en s’associant avec le noteur Cocchi et l’homme d’affaire Graffigna qu’il s’établit une firme reprenant les trois noms. Peu de temps après la firme comptera jusqu'à 100 ouvriers.

Bacigalupo ne se lança jamais dans la construction de gros instruments et resta spécialisé dans la fabrication de petits instruments portables à cylindre. Plus tard, rachetant la société Frati , il continua à la développer en la spécialisant dans la fabrication d’instruments de plus grandes tailles.

A la mort de Giovanni en 1914, ses trois fils travaillèrent encore ensemble quelques années avant de se séparer et de créer ainsi plusieurs firmes Bacigalupo. Beaucoup de ses enfants et petits-enfants fabriquèrent des orgues de barbarie de très bonne qualité. Jusqu'à ce jour la famille est restée active dans le milieu et l’on trouve des orgues Bacigalupo dont seule l’initiale du prénom et l’adresse sont différentes de celles de Giovanni, mort il y a bientôt 100 ans.
 

Dans les années 1900 le haut lieu de la fabrication d’orgues de foire au de manège fut sans aucun doute Paris. Cette ville abrita 4 des plus fameux facteurs d’orgues de foire : Limonaire, Gasparini, Gavioli et Marenghi.
 

Limonaire



C’est sans doute le nom le plus célèbre et comme cela est arrivé à d’autres noms propres, il finit par devenir le nom commun désignant un orgue de barbarie ou de manège. Si Limonaire est devenu aussi célèbre, c’est bien sûr parce que la qualité de sa production fut exceptionnelle mais aussi grâce à la longévité de ça firme.

La naissance de la firme Limonaire Frères remonte à 1840. Soixante ans plus tard, on trouvait des agents de vente aussi bien sur le continent qu’en Angleterre. Après avoir fabriqué des orgues de barbarie à cylindre jusque dans la fin des années 1890, la firme entame la fabrication d’orgues de foire à carton perforé qui feront le renom de la marque.

Les quinze premières années du 20°siècle furent sans doute les meilleures pour la firme. La production dépasse largement la centaine d’instruments par an. Son catalogue comprend alors des orgues de barbarie, des orgues de foire mais aussi des orgues de danse ou de cinéma aux dimensions titanesques. Au plus fort de leur succès commercial, les frères Limonaire produisirent également des manèges de chevaux de bois sonorisés, bien évidemment, par un de leurs orgues.

 

orgues de manège Limonaire

Orgues Limonaire 35 Touches propriété des "Invisible Musicians"

extrait d'un catologue d'orgue de Gavioli

Extrait d'un ancien catalogue Gavioli

Gavioli

 

Née en Italie en 1806, la firme Gavioli, déménage vers la France en 1845. Gavioli et ses fils mirent presque 80 ans avant de connaître la réussite. C’est cette longue période difficile qui décida  un des contremaîtres, Marenghi, de partir fonder sa propre firme qui connut un certain succès dès 1901. La persévérance des Gavioli porta ses fruits et fut à la hauteur de leurs attentes. En 1905, en plus de ses 300 employés à Paris, de ses agents de vente en Europe, Gavioli implante à Waldkirch en Allemagne et à New-york deux sociétés à son nom. Le siège de la société new-yorkaise édite des catalogues complets en anglais et possède en démonstration un large choix d’appareils que les acheteurs potentiels peuvent venir apprécier. Mais aux Etats-Unis d’Amérique, la concurrence est rude, et un ancien agent de vente de Limonaire commence à fabriquer sur place des instruments vendus par la firme Wurlitzer marquant ainsi le déclin des exportations d’orgues européens vers le nouveau monde.

Les orgues de Gavioli, tout comme ceux de Limonaire, étaient destinés aux manèges et utilisaient des cartons perforés. A cette époque les plus grands fabricants d’orgues parisiens formèrent un cartel afin de standardiser les formats de carton. Ce cartel ne dura que quelques années au cours desquelles on put utiliser des cartons Gavioli sur des orgues Marenghi, Limonaire ou Gasparini. Après les années de gloire de Limonaire, c’est Gavioli qui devint le leader en Europe pour ce type d’orgue jusqu’au déclin de son activité après 1930.

La firme Gavioli  utilisa comme argument publicitaire qu’il fut à l’origine du carton perforé et la détentrice d’un brevet concernant le « frein harmonique » utilisé pour la fabrication de certain tuyaux. Ces deux arguments furent dès cette époque et, encore aujourd’hui, contestés et démentis par la découverte d’instruments antérieurs, à ces prétendues inventions. Cela n’enlèvent toutefois rien à la qualité sonore et esthétique des orgues Gavioli.

 

La Belgique et plus précisément la Flandre fut le berceau de la fabrication des orgues de danses. Des instruments immenses, au façade colorée que les plus beaux dancings de Bruxelles à Gent se devaient de posséder. Mortier, Hooghuis, Decap, Duwijn, Verbeeck ou Bursens ne sont que quelques uns des plus célèbres de leur fabricant. Même si un grand nombre d’instruments furent construits et que les ateliers furent prospères, ce type d’orgue ne fut vendu quasi que sur le territoire belge ou dans le nord de la France.

Mortier



En 1890 l’anversois Theofiel Mortier était propriétaire d’un café à Anvers dans lequel jouait un orgue Gavioli. C’est en vendant cet orgue, puis en commandant un second à Gavioli à Paris que le commerce de Mortier débuta. En quelques années, il vendit plusieurs dizaines d’instruments tous provenant de Gavioli. Dix huit ans après cette première vente, 10 ouvriers étaient employé à l’entretien des orgues. Un accord que Gavioli avait obtenu dans le but de garantir ses ventes en Belgique, précisait que Mortier ne pouvait en aucun cas construire d’instruments. Mortier rompis finalement cet accord et construisit malgré tout un instrument. Un long procès obligea Mortier à commander à Gavioli un minimum de 12 orgues par ans. Mortier agacé de la tournure que prenaient les évènements, dans le but de mettre Govioli en défaut, commanda un grand nombre d’appareils. Gavioli ne pouvant suppléer à la demande du Belge, le procès fut cassé et Mortier ne fut plut lié au Parisien et put construire à son tour autant d’orgues qu’il voulait.

L’histoire de Mortier ne se résume évidemment pas à des questions judiciaires. Il eut aussi l’intelligence de s’entourer d’ouvriers extrêmement compétants qu’ils soient sculpteurs, facteurs d’orgues d’église ou arrangeurs musicaux. C’est ce travail d’équipe qui a fait des instruments de Mortier des pièces exceptionnelles et tellement recherchées à l’heure actuel. On pense qu’il fabriqua plus de 1000 orgues jusqu’en 1930 ! Les façades des ces instruments pouvaient mesurer 10m de large sur plusieurs mètres de hauteur. La plupart d’entre elles étaient fabriquées en fonction de l’endroit où l’orgue devait être place. La firme Mortier continua à fabriquer des orgues jusque dans les années 1950, mais hélas la qualité des instruments n’étaient plus celle de 20 ans plus tôt et, elle fut rachetée par une autre firme anversoise Gebruder Decap.
 

Orgues mortier style mini Taj-Mahal

Orgues Mortier "mini Taj Mahal" propriété des "Invisible Musicians"

orgue de danse Decap

Orgue de danse Decap propriété des "Invisible Musicians"

Decap



La firme des frères Decap commença à être active dans le secteur des orgues autour 1920, 1930. A cette époque elle construisit plusieurs orgues de manège. C’est surtout à partir de 1930 que la firme Decap, sans doute poussée par la concurrence de Mortier construisit ses plus grands instruments jouant sur 112 touches et dont les façades rivalisèrent en tailles, couleurs et ornements. C’est de l’usine Decap que vient l’idée d’utiliser un ou plusieurs accordéons et une batterie automatisés intégrés dans les façades, les rendants ainsi beaucoup moins statiques.

A partir de 1950, après avoir repris la firme Mortier, la firme Decap entrepris la conversion d’un certain nombre d’anciens instruments en modernisant leur façade, et en réutilisant ou remplaçant certaines pièces. Ce type de cannibalisation à rendu difficile l’identification de certains de ces instruments où les styles Mortier et Decap se confondent. Les instruments des année 1960 ont des façades utilisant de nouveaux matériaux comme le plastique cintré ou les néons de couleurs. La firme Decap utilisa également, à la place des classiques tuyaux, des orgues électronique, style Hammond, qu’elle mécanisa comme l’avait déjà fait
Mortier dans les années 1930. En modernisant l’esthétique et le concept même des orgues de danse la firme Decap continua de vendre des orgues alors que la plupart de ses concurrents avaient déjà dû fermer boutique.

Aujourd’hui la famille Decap est une des dernières actives dans le milieu des orgues de danse. Ce n’est que depuis une trentaine d’années, alors que la plupart des orgues de danse ont été détruits, que des collectionneurs asiatiques où américains se disputent les quelques rares instruments encore sur le marcher. La firme Decap est quasi la seul aujourd’hui à pouvoir fournir ces collectionneurs en carton et en pièces de rechange. Elle se spécialise aussi dans l’ajout d’un système de lecture électronique évitant ainsi au propriétaire l’achat et le maniement de carton parfois cher et souvent encombrant.
 
Bien que leur nombre a fortement diminué, aujourd’hui il reste toujours plusieurs facteurs d’orgues de barbarie en activité aussi bien en Europe que aux Etats Unis d’Amérique. On les trouve principalement en France , Suisse, Hollande, Angleterre et bien sûr en Belgique.

Ces artisans partagent leur temps entre la restauration des anciens instruments qu’ont fabriqué leurs pairs et la création de nouveaux modèles. Les principales nouveautés apparues depuis la fin des heures prospères des orgues mécanique, sont principalement des améliorations du système de lecture. De plus en plus d’instruments de petites tailles utilisent maintenant des rouleaux de papier perforé. Ceux-ci sont préférés aux cylindres hors de prix et aux cartons trop lourds. De plus, pour les amoureux de la musique mécanique ne s’attachant pas aux traditions, on trouve également un vaste choix d’instruments jouant de la musique à partir de supports électronique. Le système de détection qu’il soit à carton ou électronique n’entre que faiblement dans le rendu sonore finale de l’instrument. Il faut dire que la qualité d’un orgue dépend essentiellement du soin apporté à la fabrication des tuyaux, qui eux sont toujours construits selon les tailles et les techniques héritées des générations passées.

Une autre évolution s’est opérée au niveau des gammes des instruments à qui on demande de jouer un répertoire diffèrent de celui du siècle passé. La plupart des fabricants perforent des cartons et des papiers pour leurs instruments mais certains professionnels se sont spécialisés dans l’arrangement et la perforation musicale. Ces professionnels sont aussi bien sollicité pour arranger et perforer des cartons pour d’anciens orgues, des mélodies contemporaines, des créations ou les derniers hits du moment.